Dentition et sommeil de bébé : et si les dents n’étaient pas responsables ?
Par Manon
« Il fait ses dents, c’est pour ça qu’il ne dort plus. »
C’est une phrase que beaucoup de parents ont déjà entendue — ou prononcée — en pleine nuit. Pourtant, une étude publiée en avril 2025 dansThe Journal of Pediatrics remet cette croyance en question : la poussée dentaire ne semble pas perturber objectivement le sommeil des bébés.
Voici pourquoi.
Une étude clé : 849 bébés observés pendant un mois
Des chercheurs de l’Université de Tel Aviv, de Brown University et de Nanit ont suivi 849 nourrissons âgés de 3 à 18 mois pendant quatre semaines.
Comment ? Cette fois, pas de simple questionnaire. Les bébés dormaient sous l’œil de caméras Nanit utilisant l’auto-vidéosomnographie. Chaque nuit, l’IA mesurait la durée totale de sommeil, le nombre de réveils et les visites des parents près du lit.
En parallèle, les parents indiquaient les jours où une dent perçait.
Résultat : aucune différence significative entre les nuits « avec dent » et les nuits « sans dent ».
Pourquoi les parents en sont-ils pourtant convaincus ?
Entre 10 et 12 mois, trois grandes acquisitions se rejoignent :
- Le biais de confirmation
Quand on pense que les dents réveillent bébé, on devient plus attentif au moindre signe. Chaque pleur est alors facilement attribué à la dentition, même s’il s’agit souvent de réveils habituels. - Le besoin de comprendre
Le sommeil des bébés peut être déconcertant. La dent qui perce offre une explication concrète et rassurante, plus facile à accepter que l’incertitude. - Le décalage entre perception et réalité
Dans l’étude, 52 % des parents pensaient que le sommeil était moins bon pendant la poussée dentaire. Les données vidéo ont pourtant montré l’inverse. La fatigue, l’intensité des pleurs et le ressenti peuvent donc peser plus lourd que les minutes de sommeil réellement observées.

Ce que cela change concrètement pour les parents
Entre 10 et 12 mois, trois grandes acquisitions se rejoignent :
- Moins culpabiliser
Si ton bébé se réveille, ce n’est pas forcément parce que tu n’as pas donné de Doliprane ou utilisé une solution spécifique contre les dents. - Se méfier des solutions à risque
L’étude rappelle les dangers d’un usage excessif d’analgésiques ou d’anesthésiques locaux. Les gels anesthésiants et les colliers de dentition sont déconseillés depuis des années par l’ANSM et l’Académie américaine de pédiatrie, notamment en raison des risques d’étouffement et d’effets secondaires. - Explorer d’autres causes
Si le sommeil est très perturbé, d’autres pistes peuvent être envisagées : évolution du cycle du sommeil, anxiété de séparation, faim, reflux, dette de sommeil ou environnement inadapté. La dentition est rarement la seule explication. - Maintenir une routine stable
Pour soulager un bébé qui fait ses dents, les solutions simples restent les plus sûres : anneau de dentition froid, massage des gencives, câlins… et surtout, une routine de coucher régulière.
La phrase à retenir
« Nos données n’ont révélé aucun effet mesurable de la dentition sur les mesures de sommeil » – Dr Maristella Lucchini, co-auteure et chercheuse chez Nanit
Conclusion : faisons la paix avec les dents
Les dents finiront par sortir, avec ou sans nuits difficiles. Mais si ton bébé se réveille cinq fois, cela ne signifie pas forcément qu’une molaire arrive. C’est peut-être simplement… un bébé.
Et c’est plutôt rassurant : moins de pression, et davantage de place pour des solutions vraiment utiles.
Sources :
Kahn M, et al. Does TeethingDisrupt Infant Sleep? A Longitudinal Auto-Videosomnography Study. J Pediatr. 2025;279:114461
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